Coronavirus : la chauve-souris suspect n°1

En vingt ans, le monde est bouleversé par trois maladies de coronavirus ayant franchi la barrière des espèces : le SRAS en 2003, le MERS en 2012, et actuellement le Covid-19. Toutes ont été transmises à l’humain par un animal, on les appelle alors des « zoonoses » même si le virus a continué de ne circuler essentiellement qu’entre les humains après les premiers diagnostics.
En effet, l’épidémie de MERS a émergé en Arabie Saoudite en ayant été transmise par le dromadaire. Partis des marchés d’animaux sauvages en Chine, le SRAS s’est transmis par la civette palmiste masquée, tandis que l’espèce à l’origine de la transmission de Covid-19 n’a pas encore été identifiée avec certitude. Dans tous les cas, les scientifiques supposent que les animaux ayant transmis le virus à l’humain sont des hôtes intermédiaires qui ont été contaminés par une autre espèce-réservoir. Et devinez qui se retrouve sur le banc des accusés ? … La chauve-souris !


Pourquoi ?

Ce petit mammifère héberge une grande diversité de virus, dont 31 % sont des coronavirus selon une spécialiste des chiroptères au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Plusieurs études comparatives sur un vaste échantillon animal ont montré que les chauves-souris détiennent le – presque – monopole des maladies à coronavirus. Il ne faut pas oublier que l’ordre des chiroptères est un des plus diversifié, et qu’on parle de plus de 1300 espèces, représentant à elles seules un quart des mammifères mondiaux. Les chauves-souris partagent une grande promiscuité entre elles, en vivant en colonies et en en côtoyant d’autres, notamment pendant la période de reproduction, ce qui favorise la transmission et la diversification des virus. Mais les chauves-souris ont développé une grande résistance aux virus, grâce à un système immunitaire inné, elles peuvent alors en être porteuses sans en être affectées, quand d’autres hôtes en mourraient.


Faut-il craindre les chauves-souris ?

A ce jour, il semblerait que le coronavirus responsable du Covid-19 ne soit pas présent chez les chauves-souris. Comme d’autres mammifères, elles sont porteuses de virus qui sont proches génétiquement de l’agent du Covid-19. L’émergence de cette maladie résulte de la mutation d’un virus, qui s’est adapté et qui a évolué, jusqu’à devenir dangereux pour certains de ses hôtes. Un scénario classique dans le monde du vivant. C’est pour cela qu’il est injuste de tenir pour entière responsable la chauve-souris. D’autant plus que les facteurs de transmission résultent souvent des altérations environnementales liées aux activités humaines. Par le saccage des milieux naturels, l’urbanisation, la déforestation, les grands travaux, l’exploitation animale et la chasse d’animaux sauvages, les risques de transmission sont amplifiés. Les interactions entre les écosystèmes sauvages et l’espèce humaine sont de plus en plus fortes. La destruction des habitats de la faune sauvage contraint les animaux à se déplacer ou à vivre proches de l’humain, augmentant encore une fois l’émergence de maladies. Selon l’Organisation mondiale de la santé animale, 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale et 75 % des maladies animales émergentes peuvent contaminer l’humain. Le nombre de maladies zoonotiques pourrait bien continuer d’accroître si les sociétés humaines modernes ne remettent pas en question leurs pratiques.


Mais à quoi « servent » les chauves-souris ?

Rappelons que toutes les espèces de chiroptères sont protégées par une convention internationale car elles sont partout menacées. Le nombre d’individus régresse chaque année. En plus, contrairement aux idées reçues, les chauves-souris ont une reproduction lente, comparable à celle des humains, qui est d’un petit par an. Ce ne sont pas des espèces invasives et nuisibles, bien au contraire, elles jouent un rôle écologique essentiel. En Europe, les chauves-souris sont toutes insectivores et capables de consommer une quantité d’insectes équivalente à la moitié de leur poids en une nuit. Leur alimentation est très variée. Ce sont de véritables régulateurs d’insectes ravageurs des cultures et/ou menaçant la santé humaine, comme les moustiques, qu’elles peuvent ingurgiter au nombre de 2 000 par nuit. Leur disparition reviendrait à se priver de ces services écosystémiques et à intensifier des épidémies de paludisme ou de dengue, transmises par les moustiques, par exemple. Il est primordial de continuer à les protéger et de mieux les connaître pour se prémunir face aux maladies infectieuses. Par exemple, comprendre comment leur système immunitaire résiste aussi efficacement aux virus pourrait permettre des avancées inédites au service de la recherche médicale humaine. Les chauves-souris ont bien d’autres atouts en poche, ce sont les seuls mammifères doués du vol actif, elles sont capable de voir avec leurs oreilles, ne sont-elles pas fascinantes ? Il serait dommage de les voir disparaître...


Pour améliorer nos connaissances sur ces mammifères exceptionnels et les protéger, n’hésitez pas à nous signaler la présence de chauve-souris !


Coralie Gamba
(en Service Civique au pôle étude de SNE)