Les prospections « Loutre » du Groupe Mammifères : il y a de quoi faire !

Sologne Nature Environnement s'est lancée récemment dans l'étude de la Loutre d'Europe, en cofinancement avec l’Agence de l’Eau Loire Bretagne et le Conseil Départemental du Loir-et-Cher. Dans ce cadre, des journées de prospection ont été prévues sur plusieurs mois afin de repérer sur le terrain des traces de présence de ce petit mustélidé dans nos rivières solognotes.

Et qui de mieux que notre super Groupe Mammifères pour participer à cette mission ! C'est pourquoi, depuis le 22 novembre dernier, le groupe a pris part à ce projet afin de multiplier les recherches.

Et si je vous en parle, c’est bien évidemment parce que j’ai participé à l’une de ces prospections le long du Beuvron, une sortie que me promettait tant Angélique, notre chargée de mission naturaliste en charge du projet, et que je vais m’empresser de vous raconter !

Nous sommes fin janvier, Angélique me propose de l'accompagner sur l'une de ses journées de prospection, à laquelle elle avait également convié les bénévoles du Groupe Mammifères. Chose que j’accepte bien-sûr sans hésiter.

Le jour J, nous voilà réunis Angélique, Michel, administrateur de l’association, Julien, chargé d’études au Groupe Mammifères d’Indre-et-Loire, et moi-même, afin de commencer notre prospection « Loutre ». Et comme chaque sortie qui se respecte, Angélique débute par nous expliquer la journée en nous indiquant notamment les lieux sur lesquels nous allons nous rendre. Ce jour-là, elle nous en avait réservé trois le long du Beuvron.

Puis, après une rapide évocation du protocole qui précise que les prospections se font jusqu’à 200 m en amont et en aval du point de départ et des deux côtés de la rive, Angélique en a profité pour rappeler, et en ce qui me concerne me faire découvrir, les caractéristiques des indices de présence de la Loutre.

présentation de la Loutre d'Europe

Après ces éclairages, l’heure était venue pour nous de partir en direction du premier point de prospection à Bracieux. J’avais un petit espoir au fond de moi d’au moins apercevoir un indice de présence d’une Loutre (eh oui pour l’article c’est mieux !) mais qui s’est vite fait submerger lorsque j’ai pensé à ma chance habituelle. Une fois arrivés sur place, nous nous répartissons en 2 groupes afin de couvrir rapidement plus de terrain, Angélique et Julien d’un côté, Michel et moi de l’autre et en avant ! Habillée comme pour affronter l’hiver, je me fais vite surprendre par le soleil qui adoucit les températures. Nous débutons donc notre recherche en longeant la rivière du Beuvron et en examinant scrupuleusement chaque endroit pouvant être le lieu idéal pour que la Loutre daigne y poser sa crotte. Cependant, malgré des excréments de Ragondin (qui se distinguent par leurs fibres issues de l’alimentation de l’espèce qui est exclusivement végétale), des indices de présence de Castor et des ordures, nous n’observons malheureusement pas la moindre trace de Loutre.

 

Michel recherche le long du Beuvron crotte de ragondin identifiable par ses fibres Arbre grignoté par un castor

 

Nous partons donc direction notre deuxième point de prospection au pied du pont de Neuvy. Mais malheureusement, grande surprise à notre arrivée, l’eau était trop haute et ne nous permettait pas de prospecter sous le pont, ce qui ne nous a tout de même pas empêché d’examiner les alentours. Mais encore une fois, à part des restes de déjeuner que nous avons ramassés, nous n’avons rien trouvé concernant notre petite Loutre d’Europe.

 

L'eau était trop haute pour prospecter sous le pont Michel recherche le long du Beuvron Les ordures ramassées à cet endroit

 

L'heure du déjeuner approchant et la faim se faisant ressentir, nous sommes donc partis pique-niquer à l'étang de Montperché en forêt de Boulogne.

 

Angélique, Julien et Michel sur la route pour aller pique-niquer

 

Puis, une fois les batteries rechargées, il était l’heure de se rendre au dernier point de prospection à Chaumont-sur-Tharonne. Sur ce lieu, deux épreintes de Loutre, récoltés sur le Cher, avaient été déposées volontairement il y a quelques jours par Angélique pour inciter l’éventuel individu vivant à cet endroit à marquer de nouveau sa présence. Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à les retrouver et n'en avons pas découvert de nouvelles. Les épreintes déposées ont sans doute été emportées par l’eau ou éventuellement mangées par un animal. Mauvaise nouvelle donc d’apprendre que cette petite ruse n’avait pas fonctionné.

Après cette constatation, nous sommes tout de même partis explorer les berges de la rivière à la recherche d’indices. Mais, une fois encore, notre recherche n’a rien donné, excepté la découverte d'empreintes de Ragondin ou de Castor et de nouveau de beaux indices de présence de cette dernière espèce avec par exemple un arbre grignoté dans la nuit.

 

Michel recherche le long du Beuvron Empreinte de ragondin ou de castor Arbre grignoté par un castor

 

Nous avons donc mis fin à notre journée sans le moindre indice de Loutre, comme je m’y attendais malheureusement, avant de rentrer bredouille à l’association avec tout de même la conscience tranquille d’avoir nettoyé les bords de rivière où nous sommes allés.

Même si les résultats ont manqué, cette journée a tout de même été très enrichissante ! Le partage de connaissances et la convivialité sont de mises lors de ces sorties de prospection. Alors, même si vous n’êtes pas un expert mais que vous présentez tout de même un intérêt pour la nature et les mammifères, vous avez tout à fait votre place au sein du Groupe Mammifères tenu par Angélique ! L’ensemble des bénévoles sauront vous accompagner et vous transmettre leurs savoirs car c’est ça l’esprit de notre association !

Aujourd’hui, les journées de prospection « Loutre » sont terminées et ont permis de révéler des indices de présence de ce petit mustélidé à différents endroits en Sologne ! Mais cette espèce étant nocturne, aucun participant n'a eu le privilège de l'apercevoir de ses yeux. En revanche, une Loutre s'est tout de même faite avoir dans le Cher avec un piège photo posé par Alexandre, notre responsable animation, ce qui nous a permis d'obtenir un beau cliché ! (Eh oui petite maligne qui se cache si bien, tu ne l’avais pas vu celui-là hein !)

 

Cliché d'un piège photo ayant capturé une loutre

 

Cependant, l’étude de ce mammifère ne s’arrête pas là pour autant puisque d'autres actions sur la Loutre vont se poursuivre le reste de l'année.

Anaïs

 

 

Et parce que le Groupe Mammifères est un groupe de passionnés de la nature prêts à partager leurs connaissances, découvrez aussi le point de vue de Charlotte Treuffet, membre du groupe, qui vous propose un compte-rendu d'une seconde sortie de prospection avec un point de vue plus poussé.

« Je me suis levée tôt ce matin pour rejoindre Angélique, et plusieurs bénévoles du Groupe Mammifères. Le ciel se levait et il n’annonçait pas de pluie. Nous nous sommes retrouvés à Lamotte-Beuvron et avons fait connaissance. Il y avait Michel et Daniel, qui sont des habitués de l’association, et Sandrine et Jimmy arrivés depuis un an et demi dans la région, et souhaitant la connaître mieux. Quant à moi, fraichement diplômée d’un master en écologie, j’ai adhéré pour la première année à cette association dans le but de me constituer un réseau de naturalistes qui ont la même passion que moi. Angélique commence par nous rappeler les empreintes et épreintes (crottes) de loutre, avec les autres indices qui leurs ressemblent.

Pour commencer, nous avons prospecté la forêt domaniale de Lamotte-Beuvron, au niveau du centre équestre, soit un milieu très ouvert et très anthropisé, localisé au cœur de cette forêt publique d’État. Nous avions comme but principal de chercher la Loutre d’Europe, qui fait l’objet de mesures de protection particulières. Elle recolonise, ces dernières décennies, nos cours d’eau, dont la Loire et son affluent le Cher, depuis que sa chasse a été interdite par la loi. Etant attentifs, les premiers indices de mammifères que nous observons sont ceux des Sangliers, Chevreuils et Cerfs. Nous les avons décelés dans la boue sur le chemin forestier qui mène au centre équestre. Les empreintes d’ongulés ne sont pas évidentes à déterminer, mais cela nous exerce à leur détermination. Sur le chemin du centre équestre nous observons des empreintes de Renard, puis de Putois et peut-être de Blaireau. Nous avons observé aussi des crottes de Ragondins, de Putois et des écorçages de Castors. Nous avons longuement prospecté la rivière mais nous n’avons malheureusement pas trouvé d’indices de Loutre. Nous avons pu observer un rat musqué mort dans un piège. Ces deux espèces exotiques envahissantes sont humainement « régulées » depuis des décennies sans que la situation ne s’améliore, d’où la remise en cause de la légitimité à les piéger…

Ensuite, nous avons fait une pause café-thé sur le parking d’entrée de la forêt, tels des naturalistes en expédition, ayant besoin de réconfort ! Nous discutions des oiseaux et des dernières applis naturalistes à la mode.

Nous avons fait d’autres points de prospection le long du Beuvron au niveau des ponts. Le but de cette étude naturaliste est de poser des banquettes en dessous des ponts pour que la Loutre les franchisse en toute sécurité, sans risquer une collision avec une voiture. Ces banquettes seront flottantes pour s’adapter au niveau des crues.

Ensuite, arrivé à la pause de midi, nous avons partagé un pique-nique au niveau de la maison du Braconnage. Ce fut un moment très convivial.

En début d’après-midi, nous avons continué de prospecter, nous avons trouvé des crottes de Ragondin dont certaines ressemblent à celle du Renard. Mais en regardant à l’intérieur, on observe des fibres végétales, il n’y a donc plus de doute. Sur chaque site le Ragondin et le Castor avaient laissé des indices, ne laissant pour moi aucun doute de leurs présences sur le Beuvron.

Pour conclure nous n’avons pas trouvé d’indices de la Loutre sur le Beuvron aujourd’hui. Même si cela peut paraître frustrant, nous avons passé une belle journée au contact de la Nature et dans un groupe de bénévoles passionnés de naturalisme ! »

Charlotte