PARIS, 19 avr 2007 (AFP) - La fédération France Nature Environnement (FNE), qui a interpellé les candidats à la présidence autour d'un "manifeste pour l'écologie", a reçu des "réponses construites" de six d'entre eux, mais d'importants enjeux, selon elle, sont éludés.
La FNE, qui regroupe quelque 3.000 associations de défense de l'environnement, refuse cependant "toute logique de classement" entre les candidats, a souligné jeudi son porte-parole Arnaud Gossement.
La moitié des candidats - François Bayrou, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet - ont répondu par écrit et sur des points précis à l'interpellation de la fédération, note son porte-parole en saluant leur "prise de conscience et un réel effort de réflexion, alors qu'ils étaient abreuvés de questionnaires".
Cependant, "trop de réponses s'apparentent encore à des catalogues de solutions non chiffrées, comme sur les pesticides ou la lutte contre le changement climatique, sans aborder les causes réelles" du phénomène, regrette la FNE.
De même, "le recours un peu trop systématique" aux moratoires - sur l'EPR, le réacteur nucléaire nouvelle génération, sur les OGM, les autoroutes ou les incinérateurs -, "est une solution provisoire qui permet de renvoyer la question à plus tard", estime M. Gossement.
"Les candidats omettent, poursuit-il, de parler du rôle de l'Europe alors que 90% des politiques en matière d'environnement sont décidées à Bruxelles et que la France prendra la présidence de l'Union en 2008".
Il regrette que les réponses ne détaillent pas les moyens humains et matériels et les instruments de mise en oeuvre des objectifs fixés, notamment ceux du futur ministère de l'Ecologie et le soutien financier aux associations écologistes.
"Le milieu associatif participe actuellement à 1.500 commissions publiques, ce qui représente un budget de 200.000 euros environ. Or, elles sont en sursis financier", poursuit le porte-parole.
Enfin, aucun candidat ne sort de la logique qui oppose économie et écologie, déplore-t-il: "il est pourtant temps de réfléchir à combien ça coûte de ne pas prendre de mesures de protection de l'environnement".
ENVIRONNEMENT
Entretien avec Sébastien Genest
18/04/2007 - Propos recueillis par Chloé Durand-Parenti - © Le Point.fr
Sébastien Genest est président de France nature environnement, qui regroupe trois mille association de protection de la nature.
À la tête de France nature environnement (FNE), une fédération de trois mille associations de protection de la nature réparties sur l’ensemble du territoire, Sébastien Genest suit la campagne présidentielle avec attention. L’été dernier, les représentants FNE ont participé aux universités d’été de l’UDF, de l’UMP, du PS et du PC pour contribuer aux débats. Ils en sont repartis avec « le sentiment d’avoir été écoutés ». Depuis, France nature environnement a soumis à l’ensemble des candidats son manifeste Objectif planète durable, un ensemble de mesures à mettre en ?uvre pour s’engager dans la voie d’un développement soutenable. Sébastien Genest a choisi d’exposer au Point.fr les éléments qui sont, pour lui, un préalable à toute politique écologique efficace.
Le Point : Qu’attendez-vous du prochain président de la République ?
Sébastien Genest : Qu’il ait le courage de s’opposer aux intérêts particuliers dans l’intérêt général. Que face à l’urgence écologique actuelle, il permette à la France d’apporter sa contribution à un problème qui concerne l’humanité entière. Il lui faudra insuffler de l’écologie dans toutes les politiques et réformer l’État, du moins ses méthodes. Au lieu de distribuer des subventions et d’arbitrer de sorte à ménager la chèvre et le chou, l’État devra adopter un rôle de médiateur actif afin de trouver des solutions négociées qui devront être comprises par toutes les composantes de la société française.
Quelles sont les premières mesures d’urgence qu’il devrait prendre ?
En matière d’environnement, il y a deux grandes urgences : la lutte contre le réchauffement climatique, et la défense de la biodiversité. Je pourrais dresser un long catalogue de mesures et d’objectifs à atteindre… Pourtant, si la mécanique nécessaire à la mise en ?uvre d’une politique écologique efficace n’est pas en place, rien ne changera. Nous ne sommes pas hostiles à l’idée d’un vice-premier ministre en charge du développement durable, car celui-ci pourrait contribuer à injecter de l’écologie dans l’ensemble des politiques publiques. Reste à lui donner une réelle capacité d’action.
L’essentiel est de doter l’actuel ministère de l’Environnement de plus de moyens. Dans la hiérarchie gouvernementale, celui-ci fait pâle figure et, dans les arbitrages face au ministère de l’Agriculture, il ne fait pas le poids. Il convient donc de le renforcer et de le requalifier en ministère d’État. Il faudra lui fournir plus de moyens humains en créant un corps d’État spécifique afin qu’il puisse lui-même gérer la carrière de ses fonctionnaires, dont les salaires et les primes doivent être identiques à ceux des « grands » ministères. Il est également impératif d’augmenter significativement les crédits du ministère de l’Environnement en les portant, dès 2008, au seuil minimal de 1 % du budget de l’État. Enfin, nos dirigeants auront besoin des associations de protection de la nature pour animer les politiques et pour permettre aux citoyens de se les approprier. Les élus associatifs devront bénéficier d’un nouveau statut comprenant une indemnisation, la possibilité de prendre des congés de représentation, la prise en compte de leur expérience et du temps qu’ils consacrent à la société, dans le calcul de leurs points de retraite.
Quelle erreur ne lui pardonneriez-vous pas ?
De ne pas reconnaître la société civile, de refuser d’échanger avec ses représentants et finalement, de gouverner sans les citoyens. Le consensus social est seul gage d’efficacité. Aucune mesure, qui pourrait être prise par les actuels prétendants à la présidence de la République, ne sera rédhibitoire à nos yeux tant que le dialogue ne sera pas rompu.
La FNE, qui regroupe quelque 3.000 associations de défense de l'environnement, refuse cependant "toute logique de classement" entre les candidats, a souligné jeudi son porte-parole Arnaud Gossement.
La moitié des candidats - François Bayrou, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et Dominique Voynet - ont répondu par écrit et sur des points précis à l'interpellation de la fédération, note son porte-parole en saluant leur "prise de conscience et un réel effort de réflexion, alors qu'ils étaient abreuvés de questionnaires".
Cependant, "trop de réponses s'apparentent encore à des catalogues de solutions non chiffrées, comme sur les pesticides ou la lutte contre le changement climatique, sans aborder les causes réelles" du phénomène, regrette la FNE.
De même, "le recours un peu trop systématique" aux moratoires - sur l'EPR, le réacteur nucléaire nouvelle génération, sur les OGM, les autoroutes ou les incinérateurs -, "est une solution provisoire qui permet de renvoyer la question à plus tard", estime M. Gossement.
"Les candidats omettent, poursuit-il, de parler du rôle de l'Europe alors que 90% des politiques en matière d'environnement sont décidées à Bruxelles et que la France prendra la présidence de l'Union en 2008".
Il regrette que les réponses ne détaillent pas les moyens humains et matériels et les instruments de mise en oeuvre des objectifs fixés, notamment ceux du futur ministère de l'Ecologie et le soutien financier aux associations écologistes.
"Le milieu associatif participe actuellement à 1.500 commissions publiques, ce qui représente un budget de 200.000 euros environ. Or, elles sont en sursis financier", poursuit le porte-parole.
Enfin, aucun candidat ne sort de la logique qui oppose économie et écologie, déplore-t-il: "il est pourtant temps de réfléchir à combien ça coûte de ne pas prendre de mesures de protection de l'environnement".
ENVIRONNEMENT
Entretien avec Sébastien Genest
18/04/2007 - Propos recueillis par Chloé Durand-Parenti - © Le Point.fr
Sébastien Genest est président de France nature environnement, qui regroupe trois mille association de protection de la nature.
À la tête de France nature environnement (FNE), une fédération de trois mille associations de protection de la nature réparties sur l’ensemble du territoire, Sébastien Genest suit la campagne présidentielle avec attention. L’été dernier, les représentants FNE ont participé aux universités d’été de l’UDF, de l’UMP, du PS et du PC pour contribuer aux débats. Ils en sont repartis avec « le sentiment d’avoir été écoutés ». Depuis, France nature environnement a soumis à l’ensemble des candidats son manifeste Objectif planète durable, un ensemble de mesures à mettre en ?uvre pour s’engager dans la voie d’un développement soutenable. Sébastien Genest a choisi d’exposer au Point.fr les éléments qui sont, pour lui, un préalable à toute politique écologique efficace.
Le Point : Qu’attendez-vous du prochain président de la République ?
Sébastien Genest : Qu’il ait le courage de s’opposer aux intérêts particuliers dans l’intérêt général. Que face à l’urgence écologique actuelle, il permette à la France d’apporter sa contribution à un problème qui concerne l’humanité entière. Il lui faudra insuffler de l’écologie dans toutes les politiques et réformer l’État, du moins ses méthodes. Au lieu de distribuer des subventions et d’arbitrer de sorte à ménager la chèvre et le chou, l’État devra adopter un rôle de médiateur actif afin de trouver des solutions négociées qui devront être comprises par toutes les composantes de la société française.
Quelles sont les premières mesures d’urgence qu’il devrait prendre ?
En matière d’environnement, il y a deux grandes urgences : la lutte contre le réchauffement climatique, et la défense de la biodiversité. Je pourrais dresser un long catalogue de mesures et d’objectifs à atteindre… Pourtant, si la mécanique nécessaire à la mise en ?uvre d’une politique écologique efficace n’est pas en place, rien ne changera. Nous ne sommes pas hostiles à l’idée d’un vice-premier ministre en charge du développement durable, car celui-ci pourrait contribuer à injecter de l’écologie dans l’ensemble des politiques publiques. Reste à lui donner une réelle capacité d’action.
L’essentiel est de doter l’actuel ministère de l’Environnement de plus de moyens. Dans la hiérarchie gouvernementale, celui-ci fait pâle figure et, dans les arbitrages face au ministère de l’Agriculture, il ne fait pas le poids. Il convient donc de le renforcer et de le requalifier en ministère d’État. Il faudra lui fournir plus de moyens humains en créant un corps d’État spécifique afin qu’il puisse lui-même gérer la carrière de ses fonctionnaires, dont les salaires et les primes doivent être identiques à ceux des « grands » ministères. Il est également impératif d’augmenter significativement les crédits du ministère de l’Environnement en les portant, dès 2008, au seuil minimal de 1 % du budget de l’État. Enfin, nos dirigeants auront besoin des associations de protection de la nature pour animer les politiques et pour permettre aux citoyens de se les approprier. Les élus associatifs devront bénéficier d’un nouveau statut comprenant une indemnisation, la possibilité de prendre des congés de représentation, la prise en compte de leur expérience et du temps qu’ils consacrent à la société, dans le calcul de leurs points de retraite.
Quelle erreur ne lui pardonneriez-vous pas ?
De ne pas reconnaître la société civile, de refuser d’échanger avec ses représentants et finalement, de gouverner sans les citoyens. Le consensus social est seul gage d’efficacité. Aucune mesure, qui pourrait être prise par les actuels prétendants à la présidence de la République, ne sera rédhibitoire à nos yeux tant que le dialogue ne sera pas rompu.